Il paraît que la grippe frappe fort cette année. Elle hante nos bureaux avec des voix enrouées, toux creuses, piles de mouchoirs et nez rougis, qui se muent parfois en bronchites et pneumonies. Avant que la maladie nous agrippe, il y a pourtant eu quelques signes annonciateurs : baisse d’énergie, mal de tête, fièvre.
Vous me pardonnerez le parallèle, mais il en est de même dans nos organisations. Avant que la « grippe de com » ne fasse ses ravages, il y a eu des symptômes, que l’on a parfois considérés comme étant le problème. A-t-on su voir ce qu’ils cachaient dans leur manche? Voici quelques indices qui révèlent, comme un thermomètre, que la température monte du côté des communications internes.
1. « Mémérages » de corridor (en présentiel): Je ne parle pas ici des nécessaires discussions de clarification, du brainstorming d’idées qui jaillit des rencontres informelles entre deux cadres de porte ou des échanges informels sur La Voix. Non, je parle plutôt des discussions de corridor du type « ça a l’air que »… Quand s’installe la rumeur. Quand on ne cause pas de La voix, mais de la voie. Celle des communications obstruées. Celle des messages qui ne se rendent pas.
La nature a horreur du vide, dit-on. L’être humain a besoin d’informations pour comprendre l’environnement dans lequel il évolue. Échanger entre collègues permet de reconstituer le casse-tête de l’information manquante. La pause cigarette, qui regroupe les fumeurs grelottants devant votre édifice, est souvent un lieu où s’échangent (s’échangeaient?) perceptions, impressions et opinions. Tout comme les pauses du midi et la pause-café.
Or, dans plusieurs bureaux, les jours de présentiel, de nombreux employés grignotent leur sandwich devant leur ordinateur. Reste donc la machine à café et le corridor, entre deux déplacements. Quant aux réunions en mode virtuel, à défaut d’avoir des moments prévus pour poser des questions, plusieurs « ventilent » entre collègues entre deux réunions formelles. Un comportement qui, faute d’être perçu, n’alerte pas le gestionnaire sur le besoin d’échanger de ses employés.
2. « Chialage » dans les médias sociaux : dans le cadre de ma formation Écrire pour être lu (et liké!), une participante me disait que leurs employés se plaignent sur la page Facebook de l’organisation. Rouspètent, argumentent, « chialent » quoi! Elle aimerait qu’ils soient « plus positifs ».
Pourtant, à mon avis, ce symptôme annonce un problème sous-jacent. « Ça va mal à shop », comme le dit une expression québécoise. Ensuite, cela soulève le fait que les employés n’ont pas nécessairement d’espaces sécures pour échanger. Je vous laisse deviner ce qu’a répondu cette participante aux questions suivantes: Existe-t-il un espace privé pour discuter de la situation? Y a-t-il des rencontres en personne où chacun peut obtenir des réponses à ses questions?
3. Mutisme généralisé, « zombie style ». Dans d’autres organisations où je réalise des diagnostics de communications internes, c’est l’inverse : personne ne parle, personne ne se plaint, alors tout va bien. Du moins, en apparence. Ce que j’ai plutôt observé: des gens qui se traînent, les yeux vides, le cœur tout aussi ratatiné.
Je me rappelle notamment d’avoir animé un groupe de discussion où personne ne voulait parler. Des filles de bureau qui se mordent les lèvres et qui bougent nerveusement sur leur chaise. Des cols bleus les bras croisés, l’air désabusé. Après un certain temps (et quelques ruses), j’ai réussi à sous-tirer un « Ça ne donne rien de dire quoi que ce soit, la direction fait semblant de nous écouter. Nos idées ne sont pas vraiment considérées. Ils lancent des projets, mais ça n’aboutit jamais. Alors je fais mes heures… » Ouch, allo la mobilisation!
Celui qui venait de s’exprimer était perçu comme un « leader négatif » (du moins, c’est ainsi que les ressources humaines le nommaient entre eux). Après un certain temps, il m’a parlé des (judicieuses!) idées qu’il avait naguère proposées et qui sont « tombées dans les limbes ». Idées que j’ai soumis de nouveau à son gestionnaire. En lui mentionnant au passage que cet employé était à deux doigts du total désengagement. Et, qu’en effet, il avait beaucoup d’ascendant sur ses collègues.
4. Absentéisme, burnouts et démissions. J’ai déjà vu une organisation qui proposait de faire tirer un voyage entre ceux qui accumulaient 100 jours sans absence. Bref, « on te paie pour ne pas être là si tu as été là alors que tu n’étais pas assez là avant. »
Et le réel problème, quel est-il? Un problème de leadership interne ou des difficultés personnelles? Chez quel type d’employés observe-t-on ce phénomène ? Peut-être est-ce un enjeu de conciliation travail-famille, de parents débordés ou d’employés dont les parents vieillissants ont besoin de soins?
Bref, avant de laisser « la fièvre » s’installer, on gagne à « prendre le pouls » des humeurs des troupes régulièrement pour identifierles symptômes. Et à nourrir nos canaux de communication pour échapper aux rumeurs de corridor et aux distorsions qui peuvent en découler.
Créons ensemble votre « formule tonique boost humanitaire » pour prévenir la grippe de com!